Aller au contenu principal
Le Monde des Études

Insertion professionnelle après un master : les écarts entre disciplines

Insertion professionnelle après un master : les écarts entre disciplines

Dix-huit mois après l'obtention du diplôme, 69,4 % des diplômés de master de la promotion 2022 occupent un emploi salarié en France, selon InserSup (données du ministère publiées en juillet 2026). Ce taux d'insertion des diplômés de master cache un écart net entre disciplines : 55 % en lettres, langues et arts, plus de 70 % en droit-gestion, sciences et sciences humaines. L'insertion professionnelle se lit aussi dans le contrat et le salaire.

Quel est le taux d'insertion des diplômés de master ?

Le taux d'insertion des diplômés de master de la promotion 2022 atteint 69,4 % à 18 mois, si l'on retient la mesure officielle la plus récente : la part des diplômés en emploi salarié en France parmi tous les diplômés sortis de formation, qu'ils soient en emploi, en recherche d'emploi ou inactifs. Le chiffre provient du dispositif InserSup, publié par le service statistique du ministère de l'Enseignement supérieur sur son portail de données ouvertes, dans sa version de juillet 2026.

L'insertion des diplômés de master progresse surtout pendant la première année. Pour la promotion 2022, le taux d'emploi salarié passe de 58,5 % à 6 mois à 69,1 % à 12 mois, puis se stabilise : 69,4 % à 18 mois et 69,2 % à 30 mois. Les diplômés qui ne figurent pas dans ce taux ne sont pas tous sans emploi : un diplômé installé à l'étranger, un indépendant ou un jeune qui prépare un concours sort du compteur salarié français.

  • Promotion 2021 : 69,3 % en emploi salarié en France à 18 mois.
  • Promotion 2022 : 69,4 % à 18 mois, 69,2 % à 30 mois.
  • Promotion 2023 : 67,7 % à 18 mois.
  • Promotion 2024 : 65,3 % à 18 mois, mesure de décembre 2025.

Le champ couvre environ 82 000 diplômés de master LMD par promotion, hors master MEEF des futurs enseignants, suivi à part. Les étudiants qui poursuivent leurs études (doctorat, second master) sortent du calcul : InserSup les compte comme poursuivants, environ 31 000 pour la promotion 2022. Ce résultat d'insertion professionnelle se compare à celui des autres cursus, de la licence au doctorat, présentés dans la rubrique choisir sa formation après le bac.

Un résultat national de 69,4 % ne dit pas grand-chose d'un master précis : le poste occupé, la filière et l'université d'origine pèsent davantage que la moyenne. L'insertion professionnelle d'un diplômé de master d'informatique et celle d'un diplômé de master de lettres relèvent de deux marchés du travail distincts, avec des postes, des contrats et des salaires sans commune mesure.

Comment le ministère mesure l'insertion professionnelle des diplômés

L'insertion professionnelle des diplômés de master se mesure depuis peu à partir de fichiers administratifs, et non plus d'une enquête par questionnaire. InserSup apparie les fichiers de suivi des étudiants avec les déclarations sociales nominatives (DSN) transmises par la Dares et avec la base des non-salariés de l'Insee. Les DSN de juin donnent la situation à 12 et 24 mois, celles de décembre la situation à 6, 18 et 30 mois.

L'ancienne enquête nationale d'insertion professionnelle, conduite par les universités auprès de leurs diplômés, interrogeait les jeunes à 18 et 30 mois. Son taux d'insertion rapportait les diplômés en emploi aux seuls actifs, en emploi ou au chômage, et comptait les emplois à l'étranger : il affichait donc des valeurs bien plus hautes que le taux d'emploi salarié d'InserSup. Comparer un résultat d'enquête ancien à un chiffre InserSup revient à comparer deux indicateurs différents.

Taux d'emploi salarié en France
Part des diplômés en emploi salarié en France parmi l'ensemble des diplômés sortis de formation, actifs ou inactifs.
Emploi stable
Part des emplois salariés occupés en contrat à durée indéterminée ou sous statut de fonctionnaire.
Salaire
Salaire mensuel net en équivalent temps plein, calculé à partir de la DSN, avec ses quartiles et sa valeur médiane.

L'Insee, Institut national de la statistique et des études économiques, fournit la base des non-salariés qui repère les diplômés installés à leur compte : le fichier le plus récent mobilisé porte sur l'année 2023, si bien que l'emploi non salarié des promotions récentes reste encore incomplet dans les résultats. Le jeu de données est aussi repris sur data.gouv, la plateforme publique des données ouvertes.

La méthode administrative a un avantage décisif : elle ne dépend plus du taux de réponse d'une enquête, qui laissait de côté une part des diplômés. Elle a une limite connue : un diplômé parti travailler hors de France n'apparaît pas dans les DSN françaises.

Taux d'insertion par filière : les quatre grands domaines

Le taux d'insertion par filière place les masters de lettres, langues et arts nettement en dessous des autres domaines, à 55 % d'emploi salarié en France 18 mois après le diplôme. Les trois autres domaines se tiennent entre 70 et 72 %, mais la part d'emploi stable les sépare beaucoup plus que le taux d'emploi lui-même.

Domaine du master (promotion 2022)Emploi salarié en France à 18 moisPart d'emploi stableEmploi salarié à 30 mois
Droit, économie, gestion70,7 %77,1 %71,0 %
Sciences, technologies, santé71,0 %80,6 %70,6 %
Sciences humaines et sociales72,1 %55,5 %72,2 %
Lettres, langues et arts55,0 %59,8 %53,7 %

Ces taux par domaine sont calculés par la rédaction à partir des lignes par diplôme et par université des données ouvertes InserSup (promotion 2022, diplômés, mention à au moins 20 sortants), soit près de 70 000 diplômés ; la moyenne obtenue, 69,7 %, reste proche du taux national publié.

Le cas des sciences humaines et sociales montre pourquoi un seul indicateur ne suffit pas : ses diplômés trouvent un emploi aussi souvent que ceux d'économie, mais un poste sur deux seulement est stable, faute de CDI dans le social, la culture ou la recherche contractuelle. À l'inverse, les masters de sciences fondamentales et applications (informatique, mathématiques, physique) combinent 72,7 % d'emploi et 89,3 % d'emploi stable.

Les écarts entre mentions de master

Les meilleurs taux d'insertion par mention de master dépassent 75 % quand les plus faibles restent sous 50 %, au sein d'une même année de diplomation. Les chiffres ci-dessous portent sur l'ensemble des universités françaises, mention par mention, pour la promotion 2022 à 18 mois.

Mention de masterDiplômés sortantsEmploi salarié en FranceEmploi stableSalaire net médian (EQTP)
Droit public1 30779,3 %45,5 %2 090 euros
Actuariat21777,4 %95,2 %3 090 euros
Psychologie1 39776,7 %60,0 %2 120 euros
Informatique3 62574,3 %93,5 %2 540 euros
Finance1 41368,3 %90,6 %2 670 euros
Histoire62263,3 %36,6 %1 780 euros
Lettres46156,0 %51,2 %1 820 euros
Arts plastiques12647,6 %36,7 %1 640 euros

Pourquoi un fort taux d'emploi peut cacher des contrats courts

Le master de droit public illustre le piège d'une lecture rapide : 79,3 % de ses diplômés travaillent comme salariés en France, mais moins d'un sur deux occupe un emploi stable, car beaucoup préparent ou attendent un concours de la fonction publique en poste de contractuel. Le master d'histoire de l'art (68,7 % d'emploi, 42,2 % d'emploi stable) suit la même logique dans les métiers du patrimoine.

Les mentions où l'emploi stable domine

L'actuariat, l'informatique et la finance réunissent un taux d'emploi correct et une part d'emploi stable supérieure à 90 %. Ces mentions forment à des métiers en tension dans l'assurance, la banque et le numérique, où le CDI reste la norme dès le premier poste, souvent au niveau cadre.

Quels sont les salaires des diplômés de master ?

Le salaire des diplômés de master de la promotion 2022 atteint 2 250 euros nets par mois en valeur médiane, 18 mois après le diplôme, en équivalent temps plein. Un quart des diplômés en emploi salarié gagne moins de 1 880 euros nets, un quart plus de 2 640 euros nets, selon les quartiles publiés par InserSup. Le salaire médian partage les diplômés en poste en deux moitiés égales : il résiste mieux qu'une moyenne aux quelques salaires très élevés de la finance ou du conseil.

Le salaire net médian varie presque du simple au double selon la mention : 3 090 euros en actuariat, 2 670 euros en finance, 2 540 euros en informatique, contre 1 640 euros en arts plastiques et 1 780 euros en histoire. Le montant publié est un salaire net : pour retrouver le salaire brut d'une offre d'emploi, il faut lui ajouter les cotisations salariales.

La promotion 2021 gagnait 2 140 euros nets médians au même horizon de 18 mois, et 2 370 euros à 30 mois : le salaire progresse avec l'ancienneté dans le poste, même quand le taux d'emploi ne bouge plus.

Emploi stable, CDI et fonction publique : les conditions d'emploi après un master

Les conditions d'emploi après un master se sont améliorées d'une promotion à l'autre : 70,9 % des diplômés de 2022 en emploi salarié occupent un emploi stable à 18 mois, contre 65,5 % pour la promotion 2020. Un emploi stable désigne ici un CDI ou un poste de fonctionnaire titulaire de la fonction publique.

La catégorie de poste occupé, cadre ou profession intermédiaire, ne figure pas encore dans les résultats publiés : le ministère prévoit d'enrichir InserSup avec la profession, le secteur d'activité et le temps de travail. En attendant, le salaire médian sert de repère indirect du niveau de poste, mention par mention.

La comparaison avec les autres diplômes de niveau bac+5 situe le master universitaire au milieu. Pour la promotion 2022 à 18 mois, le master MEEF (enseignement) atteint 92,0 % d'emploi salarié en France, le diplôme d'ingénieur 77,9 %, les diplômes d'écoles de management au grade de master 63,1 %. Ce dernier chiffre est à lire avec prudence : une part des diplômés d'écoles de commerce commence sa carrière à l'étranger, hors du champ des DSN.

Un master suivi en contrat d'apprentissage pèse aussi sur l'insertion, car l'étudiant entre déjà dans l'entreprise avant l'obtention du diplôme. Le choix entre l'alternance ou le stage de fin de master se pose dès la première année, et les données InserSup permettent de comparer les deux régimes d'inscription pour une même mention.

Comment évolue le taux d'insertion dans le temps ?

Le taux d'insertion des diplômés de master monte vite entre 6 et 12 mois, puis forme un plateau. Pour la promotion 2022, l'emploi salarié en France gagne plus de 10 points pendant les six mois qui suivent la sortie de formation, puis moins d'un point entre 12 et 30 mois.

D'une promotion à l'autre, le taux à 18 mois recule légèrement depuis la promotion 2022 : 69,4 %, puis 67,7 % pour 2023 et 65,3 % pour 2024. Ce recul coïncide avec un marché du travail moins porteur pour les jeunes diplômés ; la baisse des entrées en apprentissage, détaillée dans les chiffres de l'apprentissage en 2025, va dans le même sens.

Un diplômé de master qui n'a pas trouvé de poste au bout d'un an a moins de chances d'en trouver un dans l'année suivante, car la courbe plafonne. Les services d'orientation des universités conseillent donc de préparer la recherche d'emploi pendant la dernière année de formation, stage compris.

Lire les chiffres de son master avant de s'inscrire

Les chiffres d'insertion d'un master se consultent mention par mention et université par université sur le portail de données ouvertes du ministère, et sur la plateforme Mon Master au moment des candidatures. Quatre réflexes évitent les contresens.

  1. Vérifier le nombre de diplômés : sous 20 sortants, InserSup cumule deux promotions et le taux devient fragile.
  2. Regarder l'horizon : un taux à 6 mois sous-estime l'insertion, un taux à 30 mois la décrit mieux.
  3. Lire la part d'emploi stable et le salaire net médian à côté du taux d'emploi, jamais seuls.
  4. Repérer la part de poursuivants : un master tourné vers le doctorat affiche peu de sortants.

L'exemple d'une même mention dans deux universités montre l'intérêt de cette lecture : à intitulé identique, le taux d'emploi peut différer nettement d'un établissement à l'autre, selon le tissu d'entreprises de la région et la place de l'alternance. Le parcours avant le master compte aussi, de la licence générale jusqu'aux filières courtes comparées dans l'article BUT ou BTS après le bac.

Débouchés du master : ce que disent les données InserSup

Le taux d'insertion d'un master inclut-il les emplois à l'étranger ?

Non, le taux d'emploi salarié d'InserSup ne compte que les emplois salariés déclarés en France. Un diplômé de master qui travaille à l'étranger apparaît comme non salarié en France, ce qui fait baisser le taux des formations très internationales.

Quelle est la différence entre taux d'insertion et taux d'emploi ?

Le taux d'insertion de l'ancienne enquête rapportait les diplômés en emploi aux seuls actifs, alors que le taux d'emploi d'InserSup les rapporte à tous les diplômés sortis, inactifs compris. À situation égale, le second indicateur donne donc un chiffre plus bas.

Quel salaire attendre 18 mois après un master ?

Le salaire mensuel net médian des diplômés de master de la promotion 2022 s'élève à 2 250 euros en équivalent temps plein, 18 mois après le diplôme. Il dépasse 3 000 euros en actuariat et reste sous 1 700 euros en arts plastiques.

Source des chiffres : jeu de données InserSup du ministère de l'Enseignement supérieur, version de juillet 2026 (DSN jusqu'à décembre 2025).

À parcourir aussi

▲