Rater un graphique

Le but de ce blog est, entre autres, d’essayer de compiler des bonnes pratiques et idées afin de réussir à produire une analyse efficace et un rapport réussi.


Cette note sera relativement différente puisqu’on va parler des graphiques ratés (volontairement, dans le but de « faire mentir » des données ou non) puisqu’il est plus facile de réussir un bon graphique quand on sait quels pièges éviter.



1. Tronquer l’axe des ordonnées (absence de point zéro)


Une première méthode, régulièrement utilisée notamment pour manipuler les données de manière à montrer quelque chose à tout prix, est d’inventer un faux point zéro, qui ne correspond pas à zéro.


Imaginons une série de données fictives sur le CA d’une entreprise :


Ce graphique, vous pouvez le constater en un coup d’œil, présente une belle augmentation du CA. Celle-ci est cependant largement mise en avant par le fait que l’axe des ordonnées ne commence pas à 0 mais à 105.


Revoici les mêmes données avec un axe des ordonnées normal, contenant le zéro.


La hausse paraît tout à coup beaucoup moins importante avec les vraies données, sans tricherie !



2. Tronquer l’axe des abscisses (oublier une partie des données)


Plus grave encore, en tout cas largement utilisé pour mettre en valeur un constat arrangeant, l’oubli volontaire de données.


Reprenons les valeurs du CA de notre entreprise :


Ici, tout semble ok, mais il faut toujours se poser une question afin de savoir si le graphique ne « ment » pas : ai-je bien toute l’info sous les yeux ?
Ici, une simple remise en contexte de l’évolution du CA de la société depuis sa création peut changer drastiquement la lecture du graphique :



On voit ici que l’auteur du premier graphique a choisi de zoomer sur les données depuis 2007 pour ne voir que le hausse du CA alors que la tendance globale est en fait plutôt à la baisse.



3. Écraser le graphique


Repartons sur l’exemple des données depuis 2007. Il me reste deux erreurs (parfois volontaire, attention à la tentation) à éviter : l’aplatissement en hauteur du graphique pour lisser des évolutions et l’aplatissement en largeur pour, au contraire, les faire ressortir encore davantage.


Voici le graphique de base :


Un individu qui aura intérêt à vous présenter une hausse lissée du CA pourrait tout simplement aplatir le graphique en hauteur :


Au contraire, un individu qui a intérêt à vous convaincre de la hausse du CA peut à la fois recourir à un faux point zéro et écraser le graphique en largeur, pour faire encore ressortir la hausse :



Méfiance donc à la façon dont est présenté le graphique !



4. Ne pas nommer les axes


Je vais me contenter de reprendre une image de Bizarro Comics trouvée sur l’excellent FlowingData.com pour vous faire tout simplement comprendre le problème quand on ne nomme pas ses axes :



5. Recourir à une 3D inutile… et trompeuse


Excel et beaucoup d’autres programmes de graph permettent d’ajouter de la 3D à vos graphiques. Or, dans la plupart des cas, cette 3D est inutile et, dans de rares cas, elle est même source d’erreur.


Premier cas: une 3D inutile, dans le sens où elle n’apporte aucune information. Voici le même graphique (données fictives) en 2D et en 3D:



Deuxième cas : un recours à la 3D source d’erreur, dans le sens où la 3D rend la lecture difficile, car brouillant le repère du point 0. Exemple avec notre série de données sur le CA d’une entreprise, avec cette fois, un graphique en 3D :




6. Cas particulier : confondre diamètre et aire dans le cas des cercles


Il est assez tendance de faire des cercles pour représenter des données. Une erreur qui vient complétement altérer la lecture de graphique et déformer la réalité est cependant de faire des cercles qui ont un diamètre proportionnel à leur valeur, alors qu’il faut que ça soit l’aire qui soit proportionnelle pour ne pas distordre la réalité.


Illustration avec nos données. Je fais des cercles pour représenter notre CA, sauf que je fais l’erreur de rendre mes cercles proportionnels en fonction de leur diamètre :


Ce qu’il aurait fallu faire, c’est rendre l’air de mes cercles proportionnelle à leur valeur (et non le diamètre) pour ne pas distordre la réalité. Voici le résultat :


Beaucoup moins sensationnaliste mais tout simplement « vrai ».


Dernière illustration pour vous montrer à quel point le diamètre distord la réalité par rapport à l’aire. Dans l’image ci-dessous, le cercle grisé représente 100% et le cercle bleu représente le pourcentage indiqué à gauche (75%, 50% et 5.9%). Dans la première « colonne », on voit une représentation avec des cercles dont le diamètre est proportionnel à la valeur, dans la deuxième « colonne », on voit la représentation avec des cercles dont c’est l’aire qui est proportionnelle à la valeur.




2 commentaires sur "Rater un graphique"

  1. Grégoire Hervé-Bazin dit :

    Oui, excellent web-docu qui m’a incité à faire cet article (notamment les premiers points) et que je recommande à tous (mais je me suis davantage basé sur le livre « convaincre avec des graphiques efficaces », que je vous recommande à nouveau)

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